En 10 ans l'objet "Nuits Sonores" a évolué de façon mutante. Chacune de ses tentacules s'est étendue, distendue pour envahir Lyon chacune par sa vision d'un hédonisme moderne issu des cultures électroniques. L'"Homo festivus" a parcouru la ville pour se plonger dans une fourmillante activité festive. Fourmillante et tentaculaire, les Nuits Sonores 2012 ont été tout ça. Difficile, impossible de tout voir, de tout partager, de tout tester.
Les journées furent très riches avec les NS Days : les performances marquantes d'Hudson Mohawke ou Modeslektor, la transe tribale de Mattias Aguayo maniant le micro hors du monde, et surtout l'après-midi passée avec les berlinois Ben Klock et Marcel Dettmann venus de la mecque Berghain pour évangéliser le public de l'Hôtel Dieu au dieu techno, allongeant le temps, prolongeant le plaisir.
Les apéros sonores ont offert aux lyonnais de nombreux moments de grâce partagée. Isolée a su faire de la place des Célestins une belle plateforme de décollage pour une foule immense et réjouie. La rue Saint-Michel transformée en Bal de Rue par nos amis Be Bup / Dolus & Dolus a réunie une masse qui a bravé fatigue, grêle et autres calamités pour embraser un quartier de Lyon moins investi par le festival d'ordinaire.
L'ombre au tableau : les coréens ont de nouveau montré leur domination dans le domaine de la compétition vidéoludique en éclatant les pauvres européens pendant la Revenge of the nerds. Victoire du Zerg Kim "finale" Kyung Deok 3 à 1.
A tout ça s'ajoutait autant de performances décalées dans le cadre d'Extra!, de conférences et débats au labo des festivals, des concerts de groupes mythiques ou des boum pour enfants mais comprenez bien que certaines substances sont encore interdites (et horriblement chères) et que personne ne peut encore humainement tout aller voir.
On digresse, on digresse mais la partie nocturne du festival fût un gros morceau, une réussite sur beaucoup de plans, une des meilleures séries toutes les années confondues. Chacun y aura trouvé son petit bonheur, il reste tout de même quelques souvenirs plus prégnant que d'autres : le set de James Murphy. Il est facile de se procurer un DJ set de James Murphy au détour d'un blog musical, mais le voir faire en live c'est une expérience rare, ammenant son public où il le désire, choisissant son vinyl avec application tel le vieux chasseur choisissant la cartouche qui arrivera à bout d'un animal rare ou sacré, une licorne ou quelque chose comme ça. La cohérence du VJing de Simian Mobile Disco, transformant leur live en édifice à la fois complexe et équilibré comme dirait un architecte débutant. Cette nuit là il y avait aussi entre autres !!! et Seth Troxler qui ont chacun dans leur genre réjoui les festivaliers sans complexe.
La Nuit #2 (qui était en fait la troisième mais on l'appelle Nuit #2, le décompte se fait comme ça depuis 10 ans, on ne change pas les traditions aussi facilement que ça vous savez, on parle donc bien du vendredi, vous suivez ?) a montré qu'on peut perdre une de ses têtes d'affiche au dernier moment et sortir tout de même un line up à faire pâlir pas mal de festivals plaçant l'exigence et le bon goût au coeur d'une direction artistique à la fois élégante et raffinée. Bref, MF Doom n'est pas venu mais Feadz et Para One se sont chargés de combler le manque et ce fût évidemment réussi. Mais le gros clou de cette soirée fût le set de Théo Parrish qui dans un set de 4h asséna une leçon d'histoire de la techno, déroulant chronologiquement ou presque les classiques de la musique électronique devant un public en adoration permanente. C'était très dur de décoller de cette scène mais l'abnégation et le sens du travail bien fait nous ont quand même conduit à jeter un oeil au travail de Busy P qui a rendu hommage (ce ne fut pas le seul ) à MCA des Beastie Boys et Donna Summer disparue mercredi. Le set de Gesaffelstein fût un gros moment de gros matraquage dans une grosse ambiance.
La dernière nuit était très attendue et toute la semaine les rumeurs les plus folles ont parcouru le festival sur les participants de cette "Secret Stage". Initiative intéressante que cette programmation masquée. Il y a une grosse part de marketing mais ça correspond plutôt bien à la philosophie de festival de ne pas trop s'appuyer sur les têtes d'affiche qu'on pourrait voir dans tous les autres festivals. Il y avait un côté éminemment casse gueule de part la déception qui aurait pu être à la hauteur de l'attente suscitée. Le secret fût en partie bien gardé, et certaines rumeurs ont dû bien amuser les détenteurs de l'info. Au final la liste n'avait que peu d'importance une fois sur place, les DJs ont fait ce qu'on attendait d'eux pour clore ce festival et au final peu importait le platiniste, le public réagissait au quart de tour et même parfois au delà (ouais sortir un fumigène indoor c'était un peu too much à 4h du matin). En 10 ans les Nuits Sonores ont su tisser avec leur public un tel lien de confiance que peu importe qui sera sur scène, on aura la garantie que l'instant sera grand. Ce fût le cas encore une fois.
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